Mon retour d’expérience sur quatre ans de zéro-déchet : j’arrête de culpabiliser !

C'est un long parcours, celui de la déconstruction,... En réalité, on ne rentre jamais en gare terminus car c'est le travail d'une vie entre les arrêts culpabilité, oppression, remise(s) en question, doutes, les carrefours avec les autres mais surtout avec soi-même.

Comment j'ai commencé dans le zéro-déchet

Je pense que mon parcours est celui de la grande majorité. Faire attention au tri, ne pas jeter ses déchets au sol, ne pas penser que la rue est une poubelle et donc ne pas se permettre de balancer ses mégots et chewing-gums,... Mais ça s'arrête là n’est-ce pas ?

Je ne me suis jamais fait la réflexion sur cette gaufre au chocolat emballée individuellement dans du plastique, que je sortais rapidement de son paquet lui-même en plastique dans l'armoire, pour simplement la grignoter dans le canap'. Je ne me suis jamais fait la réflexion sur pourquoi mon linge de lit sentait encore bon après plus d'une semaine ; je trouvais juste ça super cool de pouvoir se glisser dans des draps qui sentaient le "propre". Je ne me suis pas non plus faite de réflexion sur le fonctionnement de cet antitranspirant que j'avais dans mon sac de cours et que je pouvais (re)mettre plusieurs fois dans la journée. Je ne voulais pas transpirer, c'est tout ce qui comptait...

Mais pourquoi est-ce que je déballe quelque chose alors que je la mange à la maison ? C'est quoi sentir le propre ? Pourquoi est-ce que j'empêche mon corps de faire ce qui me permet de rester en vie ?

Les déclics sont arrivés vers 2018. Petit à petit, j'ai défait mon nid, je me suis posé des questions, je me suis renseignée,... Je me suis rendu compte du théâtre qu'était notre société de consommation, de comment je participais pleinement à cette scène infernale dans laquelle je tenais le rôle principal depuis très jeune en achetant, en jetant, en rachetant, en rejetant,... de tout, tout le temps. Acheter était normal, vital, j'aimais faire les magasins, me choisir chaque mois mon nouveau shampoing (avec l'après-shampoing assorti), tester le nouveau mascara qui te fait des yeux de chatte effet plume dans son packaging léopard bleu, goûter ses nouveaux petits pots de yaourt façon cheese cake à la fraise avec dedans, l'équivalent en sucre de trois canettes de coca (sans parler des hormones, c'est venu plus tard). Travailler plus, pour dépenser plus, parce que c'est pour ça qu'on travaille, non ? Plus j'ouvrais les yeux, plus j'avais l'impression d'y avoir de la merde fossilisée. Je ne comprenais plus rien, j'étais absolument perdue, plus rien n'avait de sens, et en même temps, je ne voyais pas comment faire autrement, avec qui le faire, j'avais toujours fait comme ça...

Mon parcours zéro déchet

C'est quand je suis rentrée dans ma première épicerie de zéro déchet et de vrac que j'ai vu par où commencer. Les déchets... Tellement de déchets, de plastiques, de cartons, d'aluminium,... Mais pourquoi ? Pourquoi ma gaufre est-elle emballée deux fois ? Pourquoi mes pommes sont-elles sous film plastique ? Et d'ailleurs, c'est quoi le plastique ? Pourquoi mon riz est-il contenu en plusieurs petits sachets dans sa boîte ? De toute façon, je ne mange jamais autant de riz, je le jette après,...

J'ai commencé à acheter en vrac, que en vrac, j'ai boycotté les emballages non nécessaires, puis même les nécessaires si je le pouvais, s'il y avait une alternative. Mais quand il n'y en avait pas ? J'ai aussi commencé à "faire moi-même", surtout dans la cuisine. J'ai toujours aimé cuisiner, mais je l'avais oublié. Faire ses cookies, son granola, puis se lancer dans le batch cooking (cuisiner en grosses quantités et plusieurs choses en une fois). Je filtrais l'eau du robinet, d'abord à la Brita comme tout le monde, puis aux perles de céramique.

La salle de bains a suivi le pas évidemment. Entre les cotons-tiges, les démaquillants, les masques visage à l'unité, les Labello, trop de Labello,... La prise de conscience dans la salle de bains m'a fait côtoyer la notion de minimalisme. Un gros choc pour moi qui adorais mes Labello ! Attends, t'es en train de me dire que je n'ai pas besoin d'acheter chaque fois le nouveau qui vient de sortir alors que je n'ai pas encore fini le précédent, ni celui d'avant, ni celui d'avant-avant ? N'avoir qu'un seul Labello pour toute l'année ? Mais en fait, pourquoi pas. J'ai besoin de quelque chose pour mes lèvres. Si je l'ai déjà, pourquoi en prendre un deuxième, pourquoi dépenser encore et encore alors que ce dont j'ai besoin, je l'ai déjà. Le concept de besoin... totalement contradictoire avec celui de consommation, telle que je la vivais. Est-ce que le minimalisme peut s'appliquer à d'autres choses qu'une dizaine de Labello ? Qu'une trentaine de vernis rouges à peine différents ?

Mes fringues... Mon Dieu, pourquoi ai-je autant de sacs à main ? Je n'aime pas les sacs à main. Et ces chaussures à 10 euros que je n'ai portées qu'une fois parce qu'elles me font mal aux pieds. Cette pile de t-shirts de couleurs que je ne mets pas parce que je n'aime pas la couleur, mais tu sais bien, "Ça te va bien le rose. Porte un peu de couleurs comme tout le monde. Tiens, tu ne portes jamais d'imprimés, ça te changera. Une fille ça porte des talons, tu ne vas pas passer ton temps en sneakers." qu'on te lance pendant des années et que tu intègres... Est-ce que je ne pourrai pas en faire don aux personnes qui en ont vraiment, elles, besoin ? Et puis pourquoi acheter ces 4+1 tops ? Parce que ce n'est pas cher ? Parce que c'est en promo ? Parce qu'on veut me faire croire que cinq tops pour 12.90€ c'est censé tenir sur le long terme ? Sans que les fibres en plastique se barrent dans les eaux usées de la machine à laver ? Sans que j'en rachète dans trois mois pour avoir les couleurs de l'automne et ressembler à une citrouille mi-Halloween, mi-Robin-des-bois ?

Les déchets visibles c'était encore assez simple au final ! C'est emballé ? Je n'achète pas. Un sac en plastique ? Non merci. Vous n'avez pas le même dans un bocal en verre ? Quoi une paille dans mon smoothie ? Et les tortues alors !? Après, quand tu regardes dans le dedans des choses. Ça se complique... C'est quoi un PEG ? C'est quoi un sulfate ? C'est quoi du limonène ? Put*in mais ça n'en finit jamais !! Alors tu fais quoi ? Bah tu fais toi-même. Ton déodorant, ton dentifrice, ton démaquillant, ton shampoing sec (attends, les sprays participent à l'effet de serre maintenant ?). WOW ! Nan mais il y a les mêmes saloperies dans l'anticalcaire ! Et le liquide vaisselle aussi. Et le spray multi-usages. Et la mousse pour décaper le four. En même temps c'est normal que ça me donne l'impression d'être dans un attentat bioterroriste quand je l'utilise. Et les blocs WC. Mais est-ce que j'en ai vraiment besoin de ce bloc WC ? Je ne peux pas simplement nettoyer mes toilettes directement avec du bicarbonate une fois semaine ?

Mais une fois que tu as viré les déchets qu'on peut ramasser, ceux qui ne se voient pas et qui sont déversés dans les eaux, ceux que tu peux éviter en ne les achetant simplement pas. Qu'est-ce qu'il reste ? Pourquoi est-ce que notre planète continue de s'incendier ? Qu'est-ce qui peut encore causer tout ce qu'on voit dans les journaux ? Comment ça l'agriculture ? L'élevage ? Mais je ne mange pas de soja alors pourquoi ? Pour nourrir les bêtes ? Donc à la place de nourrir les gens directement et en plus grand nombre, on passe par d'autres animaux, qu'on tue dans d'horribles conditions (si seulement tuer pouvait se faire dans de bonnes). Donc l'hamburger que je mange tous les dimanches, en plus de ne représenter qu'une source de souffrance avec un peu de goût et beaucoup d'épices pour passer ce même goût, cause l'une de la plus grosse source du réchauffement climatique ?

Faut-il continuer d'être zéro-déchet ?

Quand on se lance dans telle démarche de déconstruction et de reconstruction, qu'importe le domaine, on finit toujours par arriver à ce point. Ce point ou rien n'est assez parfait, rien n'est jamais assez fait, rien n'est jamais définitivement réglé, rien n'est jamais suffisamment défendu, rien n'est jamais totalement sauvé,... rien n'est jamais.

Et on passe vite dans la culpabilité de pas faire assez, soi-même, impeccablement, tout le temps et partout. Après la culpabilité, c'est la culpabilisation,... On en veut à toustes les autres, celleux qui font la file devant le Primark après trois mois de confinement, celleux qui commandent des tonnes sur internet, celleux qui achètent leurs carottes emballées, celleux qui se goinfrent de viande chez BK sur leur temps de midi, celleux qui trouvent des excuses face aux violences de notre gouvernement et de notre société,... celleux qui, en pleine pandémie mondiale suite à nos abus de nourriture, de consommation, de non-respect du vivant au sens large, n'ont en réalité absolument rien compris. J'ai totalement intégré, à mon insu, les idées qu'on nous fourgue dans la tête : "Ce sont les individus la cause de tout et ce sont celleux-là qu'il faut pourrir !"... La culpabilisation se transforme en colère, voire même en haine par moments. L'esprit devient impulsif, il ne s'arrête jamais de tout voir, de tout entendre, de tout juger et, inévitablement, il finit par craquer.

Cette pause, looooooongue pause que j'ai effectuée sur Instagram (mais au début, sur tous les réseaux) était le seul moyen pour moi d'attiser le feu qui m'anime, mais me consume (au présent j'insiste) aussi littéralement. Long travail, pas tout à fait fini d'apaisement, de re-déconstruction avec bienveillance de ma façon de penser, d'accepter à nouveau l'autre dans son entièreté, d'être à nouveau dans l'échange, dans le partage, dans l'apprentissage, dans le plantage de petites graines. Oui, nous n'avons plus assez de temps, c'est même trop tard en réalité. Ces graines ne pousseront probablement jamais. Mais le temps qu'il me et nous reste, j'ai envie de le passer plus en paix, et moins en guerre.

Alors bien entendu, je suis toujours dans une démarche de diminution des déchets, je fais toujours attention à ce que j'achète d'une manière générale, je n'ai plus 29 sacs et le double en t-shirts non portés, je n'ai définitivement plus mangé un quelconque être vivant doté d'un cerveau et d'yeux pour me regarder depuis 2019. Je continuerai de défendre les causes qui me sont chères car tout est absolument lié et noué comme le vieux petit tas de chaînes entremêlées qui traîne dans votre tiroir. J'ai certes commencé en m'achetant trois pâtes dans un bocal en verre, mais ces simples fusilli m'ont ouvert les yeux sur tout un système dysfonctionnel et intolérable. Et oui, je déculpabilise, je me protège, parce qu'après tout, moi aussi "je n'ai qu'une vie".

Oui je vais manger des chips emballés (j'suis une vieille, je le genre au masculin) et peut-être même me prendre un soda avec parce que c'est le plaisir du week-end. Je vais acheter une pâte feuilletée toute faite dans une grande surface car je ne veux pas la faire. Je vais m'offrir un déo d'une marque que je ne connais pas pour essayer et pouvoir vous faire un retour. Je vais commander ce dont j'ai vraiment besoin sur les internets si je ne le trouve pas en boutique. Je vais m'offrir cette plante tropicale probablement élevée sous serre parce que c'est un peu la seule chose que j'aime vraiment et que je dois surtout trouver une alternative à ma collection de Labello. Je vais continuer d'avoir envie de m'acheter un nouveau baume pour les lèvres parce qu'il sent le Pumpkin Latte au sirop d'érable, mais je vais me souvenir que j'en ai déjà un qui va bientôt se suicider dans l'évier car je ne l'utilise pas (assez). Je vais acheter ces carottes non-bio mais je suis contente si je peux aller les cueillir dans un champ qui l'est.

Mais encore... Je vais accepter des partenariats en accord avec mes valeurs parce que je ne peux pas vivre de likes et de commentaires et que ça me permet de prendre du temps pour répondre à vos messages. Je vais être reconnaissante de pouvoir partir un week-end quelque part même si on a pris la voiture. Je vais boire du café, du thé, manger parfois un avocat et mon tofu sera emballé oui. Je vais boire mon eau du robinet dans des bocaux de cornichons achetés alors que c'est facile de faire ses propres cornichons vinaigrés. Je vais commencer une skincare qui ne fait pas partie du "green mikro cosmo parfait" selon la police militante sans me rendre radioactive pour autant. Bref, je vais continuer de faire de mon mieux, sans penser que celui de machin est top ou que celui de truc et pire. Je vais accepter d'être moi, et pas celle que je pense devoir être pour les autres...

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